mercredi 2 décembre 2009

Une fois passé les plaisirs


J'ai le sentiment par moment de me couler dans une petite histoire de Raymond Carver. Où je suis rappelée de manière récurrente à la vie de tous les jours, à ses préoccupations, aux maux qui ne s'énoncent que difficilement voire insuffisamment par le "dit", ces infimes détails de l'entité qui font parfois les grandes biographies anonymes. Je me retrouve prise dans des histoires ordinaires ou extraordinaires qui pourraient être les vôtres, que je découvre avec une lenteur étonnante et exquise. Il me faut du temps et de la patience pour mettre à jour sur la place mes secrets. Je ne suis pas dans la représentation d'un strip-tease où mon âme traîne à nue.
Je crois aussi que chacun peut y trouver ce qu'il cherche, en fonction de son émotivité, de son passif, de son parcours perso ou n'ayons pas peur des mots de ses pathologies si on admet le fait que nous sommes tous des malades dans l'ignorance. Au fil du sablier j'ai appris à me focaliser sur certaines personnes et à en occulter d'autres, car ce qu'ils ont à me baragouiner ne m'intéresse pas ou plus. Une fois passé les plaisirs, les joies de la rencontre il m'est tout à fait possible d'avoir le regard verticale, et de ne prendre rendez-vous qu'à mes heures pleines, toutefois je me rends compte au bout d'un certain temps (parfois très court) que toutes ces histoires bien que divergentes finissent toujours par s'épouser. Ce qui pourrait paraître pour un jugement un peu sévère n'est qu'un avis et le mien de surcroît ce qui n'engage que moi. Je tiens tout de même à saluer ici la performance de quelques rencontres. Belles interférences.
J'ai toujours cru que tout reposait sur le dialogue et sur la manière dont les mots nous sont restitués en émotions, en silences aussi, dans des explosions de voix et quelques fois en excuses. Erreur. Dans une rencontre je me suis aperçu que l'évolution de chacun est élégante, avenante et rassurante. Qu'elle ne supporte aucune précipitation. Les essences s'ouvrent poussivement avec notons le tout de même d'imprévisibles accélérations et des contrecoups inattendus d'une conversation à une autre. Ceci dit les sentiments cohabitent à l'aveugle dans l'attente de celle-ci. Dans des bondissements qui nous chahutent ou nous laissent sur le marbre. Dorénavant avant d'aller sur la place je conjurais les bouches vaseuses et les sillons des accords imparfaits.


jeudi 26 novembre 2009

Un blog à lire.



http://blackmamba.eklablog.com/?disconnect

samedi 7 novembre 2009

On voudrait immobiliser la course.


Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Ne pas tituber est un but en soi. On peut faire des kilomètres sans pour autant sortir du frimas émotionnel dans lequel on flotte. On peut aussi agir sans le faire exprès sur la fréquence des appuis de ses pas, des montées ou des descentes, si les obstacles et les dénivelés sont costaux appuyons sur les petits pas en épousant le terrain puis ralentir doucement pour une récupération.
La meilleur façon de marcher est encore de marcher à deux, deux jambes l'une derrière l'autre, en évitant de revenir sur ces pas. Marcher c'est aussi laisser ces empreintes dans un terrain neutre et vierge, marcher c'est aussi ne pas stagner dans la mare, et jeter le caillou des remous.

Ne pas craindre les accotements non stabilisés si un passage s'avère intéressant, voire très intéressant, ne pas hésiter à repérer les "options" qui s'affichent : pistes bondissantes et écarts de route sans confessions, la culpabilisation de l'enjambée salvatrice et prendre la route sans ménagement. On accroit, on force sur l'ampleur des pas en excentrant la pose des pompes ou en les coudoyant sans chuter. A force de brimades cavalière de longues durées, le trot des cadences aux pas sont à l'origine de fringales démentes, il est bien souvent trop tard quand elles arrivent, il faut songer à redescendre à rebrousser chemin. On se rend compte à cet instant que l'on ne fait rien d'autre que de marcher.

Redécouvrir la joie simple d'un pied devant l'autre, celle qui a fait la joie de notre enfance, rencontrer sur un jeu de piste une étreinte enfantine. On marche aux majuscules de nos contes et légendes tour à tour chat botté ou Hermès, des histoires sous les cailloux des montagnes ailés. Un pas devant l'autre encore. Marcher pour avancer. bizarre que cette marche, celles des empreintes figées, celle des empreintes mobiles, celles des empreintes perdues, celles des empreintes fossiles. Nous avons encore si peu parcouru.

Sans voir au dessus la nuée de nuage, nos ombres à foulées, misent à l'épreuve par les assauts répétés des vents impudents. Ils s'enfoncent en colère, dans une fureur de papier déchiré, on croirait percevoir des pages flottantes, des bulletins perdus que le vent attise et emporte et qui font claquer nos pieds dans la flaque. La marche se fait plus rapide, on rit, on se regarde et le verbe courir se conjugue au présent. De mouvements rapides, en bifurcations ininterrompues, on voudrait immobiliser la course, lui faire rebrousser la bretelle. Retrouver l'instant des longues cordées, marcher à pas multipliés. Le temps de la marche progression lente et courbante, trimarder le temps d'une vie du pas au trépas.

jeudi 5 novembre 2009

Distancier l'algie.

C'est si secret et charnel à la fois, comme une notation qui planerait jusqu'au seuil de ma conscience, un mot qui titillerait le bout de ma langue et qui s'userait dans le vide juste au moment où ma bavarde s'embobinerait pour le murmurer. Une condition futile et un absolu à la fois, un abréger de quatre mots, la quintessence d'une vie entière.
Ne rien prendre pour sérieux, pour ne pas m'embourber dans des pesanteurs, sourire de tout, surtout de moi de ce qui pourrait me blesser, délaver les sentiments et distancier l'algie.
Jouer de la dextérité de sa condition, jouer de la passion, jouer de l'amour jusqu'au libertinage.

dimanche 18 octobre 2009

J'étais louve, je prenais ça pour un compliment...[nouvel extrait]


J'avais dix ans, un chiffre rond. C’était un jour d’été. Il y avait la plage...Et mes pieds qui s’enfonçaient dans le sable mouillé vierge, à peine déserté par la grande flaque. Aucune attention de ne pas me blesser aux coquillages brisés. Petits débris chétifs, mais qui embarrassent ma marche de petite fille aux pieds nus, écorchés…

Mais je veux continuer, parvenir jusqu’au bord, là, où la mer commence son voyage bruyant sans moi.
J’entends dans le lointain les appels radoté de ma mère qui m’adjurent de revenir immédiatement vers elle, vers le sable sec et les beaux coquillages entiers, des coquillages qui ne blessent pas… Mais mon oreille est éteinte, car je continue d’avancer. Enfin, je suis au bord, là, je m'arrête, le cœur calotté, figée dans une attente presque endolorie.

Je sens qu'il se passe quelque chose d'important, quelque chose de vivant, je fais place au soleil à l'air piqué d'iode et au vent un peu sauvage. Et soudain à cet instant j'ai su...
J'ai su ce que personne ne mimait savoir autour de moi, ce que personne sans aucun doute ne pouvait imaginer, c'était comme une étincelle, un feu follet.
Comme le goût particulier d'un fruit précis que la langue appliquée reconnait dans une compote.
Comme le timbre particulier d'une voix qui surmonte le chant indistinct d'une foule.
Alors soudain j'ai su, ce que je doutais déjà.

Ce jour là les pieds bien ancrés dans le sable mouillé, malgré les coquillages qui me saignaient, j'ai respiré cet horizon prodigieux, je me suis sentie grandir dans une étreinte invisible.
J'ai su alors que j'étais différente. Différente, porteuse désormais d'une marque faites au fer rouge qui faisait de moi une enfant d'un univers plus vaste, plus vaste qu'une maison massacrante, plus vaste qu'une classe aux murs étroits ou d'une rue trop encombrée de ses dèches.

Soudain j'ai su que j'étais une petite louve révoltée et qu'il me faudrait lutter contre elle, pour ne jamais l'oublier.

Oui, j'ai su, les pieds meurtris dans le sable mouillé qu'il me faudrait souvent répondre à cet appel, qu'il n'en finirait jamais de creuser ma faim. Que j'aurai toujours à danser sur le fil acrobate qui me reliait à mon aphone étoile...

mercredi 14 octobre 2009

J'étais louve, je prenais ça pour un compliment...


La nuit, quand je m'éteignais, j'ouvrais mes errances. J'entrebâillais la porte de chêne lourd d'une armoire normande et je m'y glissais en silence.

Il ne fallait surtout pas que l'on soupçonne ma présence, j'allais pendant des heures selon mon humeur me glisser dans la peau d'une sorcière ou d'une princesse.
Je me nichais alors bien blottie dans une couverture que j'avais placée là pour m'accueillir, je m'attendais, solitaire.

Je m'avortais dans des moments délicieux, je m'avortais dans l'ivresse d'un départ, je m'avortais dans des promesses d'aventures jamais déçues, je devenais audacieuse et mutine.

Quand je me décidais princesse, mes yeux se coloraient de douceurs et de paroles mielleuses. Je m'allongeais sur la couverture, la bouche tendue pour accueillir un baiser qui m'émerveillerait, je l'appelais fort, j'appelais tard, j'appelais longtemps. Parfois j'ouvrais mes bras et mes jambes dans l'appel éperdu de caresses qui assiégeaient mon ventre de si étrange façon...

Des fois, des journées pétries de condamnations me conduisaient à devenir sorcière, je me redressais les pupilles ouvertes et vengeresses, tour à tour amazone ou louve, je ne savais pas trop, un mélange des deux peut-être. Je me devinais effrayante, les prunelles noires, la chevelure ébouriffée, engendrée sûrement par une vraie sorcière d'un temps ancien et révolu, de celle que l'on condamnait au bûcher...

Puis je me reconduisais de force dans un lit froid et déserté. Je cherchais à apercevoir mon visage dans le reflet de la vitre, j'étais louve, je prenais ça pour un compliment...

samedi 10 octobre 2009

Je ne suis qu'une gueuse...


Des phrases creuses et vides de tout sens
Pourvu que mes sens touchés par l'extase
De l'emphase prestance de ces mots balancés
Font qu'en un geste, j'écris sans trop réfléchir.
J'aime à me voir dorloter, mes propos sans constance,
Manque de consistance de mon intellect masturbé.
M'a donnant, complaisante, à des rimes faciles
Des propos inutiles sans rien raconter.
Rimes riches, croisées, embrassées de mots tamponnés
Maîtrisés pour accomplir mes méfaits.
En effet...
Médiocre je le suis, médiocre !
Certains crieront au génie, quel talent;
"Écrivaine" fainéante, c'est pour eux que j'écris.
Et je me prends au jeu de "l'écrivaine" poétesse,
Pensant que mes lettres atteindront bien vite les cieux,
Comme Baudelaire ou Verlaine
Mais je dois m'l'avouer je ne suis qu'une envieuse.
"Écrivaine" sans talent, faite d'étoffe imparfaite
S'enroulant sans complexe dans des textes mystérieux
Où la poussière d'encre et les pirouettes de mes lettres
Vous feront oublier que je ne suis qu'une gueuse...

"Photo"La fourbe chef des chapardeuses...
Les gueuses - Cie la Déferlante